Louis-Philippe Hébert – Marie Réparatrice/Marie, vindecatoarea

Le livre de Louis-Philippe Hébert, Marie Réparatrice, traduit en roumain par Flavia Cosma, offre au lecteur une lecture captivante, un texte dense et élaboré, dont le rythme rapide seconde le délire schizoïde de l’héroïne, une petite fille apparemment terrorisée par un père brutal, travailleur dans une boucherie, que la mère, elle aussi terrorisée, préfère de ne pas contrarier. Dépourvue même de la présence de ses petits amis muets, un cochon d’Inde et un chat, morts dans des conditions suspectes, Marie voudrait guérir, « réparer », faire en sorte que tout soit comme avant, dans l’espoir que les choses puissent revenir à une normalité qui lui est étrangère : « je l’ai ramenée derrière la maison/ ma belle Eugènee/ là je l’ai étendue à l’ombre/ de la piscine hors terre/ j’ai mis un peu d’eau de la piscine sur sa tête/ puis je l’ai recousue/ mon Eugènee d’amour/ j’ai rapiécé le chat/ avec mes doigts/ on a juste à faire semblant/ et ça va marcher/ je me suis dit/ pas besoin de fils ni d’aiguilles/ j’ai remis dedans ce qui était sorti/ et j’ai recousu ».

Marie réparatriceAu milieu du cauchemar quotidien, réel ou déroulé seulement dans sa tête, qu’elle vit dans sa famille, Marie se réfugie dans un monde parallèle et linéaire, peuplé par des signifiés unidimensionnels et dominé par le caractère déformé de la figure paternelle, ce qui la fait glisser vers des comportements aberrants : « mon père pense que/ ça coûte les yeux de la tête/ quand je dis que je veux quelque chose/ et qu’il demande pourquoi tu veux ça/ et que je réponds parce que j’en ai besoin/ il répète que ça va coûter un bras/ c’est mon père qui dit ça/ c’est une de ses expressions favorites/ je commençais à comprendre ce qu’il veut dire/ ça m’est arrivé pour vrai ».

Louis Philippe HébertFortement influencée par la figure de son père qui sur le fond du manque de réaction de sa mère accentue les déséquilibres et semble acquérir dans son esprit des dimensions métaphysiques, la fillette de huit ans et demi, en se disant qu’elle était douée d’un don divin, désire entrer plus tard au couvent pour « réparer », aussi dans le sens pénitentiel du mot, le mal du monde, tout en étant persuadée (car on le lui avait dit) que personne ne peut rien recevoir sans donner quelque chose en échange : « une fois réparée/ Eugènee m’a regardée/ comme si la chatte me voyait/ pour la première fois/ j’avais cette impression-là/ ses yeux sontaient tellement brillants/ il faut que j’arrête de dire sontaient/ et elle est partie à courir// je sais qu’en faisant cela/ je veux dire réparer des choses vivantes/ des animaux des insectes/ surtout après un gros accident comme celui-là/ je sais que ça peut me coûter cher/ je peux devenir aveugle par exemple/ mais j’aime tellement ça/ ce regard-là/ qu’ils me font quand ils reviennent au monde/ quand ça marche/ mon petit miracle à moi/ mon don/ et puis j’en ai deux de toute façon/ des yeux deux je peux en perdre un/ je vais voir quand même ».

Construit comme un monologue rappelant parfois Le journal d’un fou de Gogol ou les écrits d’Edgar Allan Poe et conduit magistralement par la main habile de l’auteur omniscient, le délire de l’héroïne continue son cours en esquissant d’une manière kaléidoscopique, parmi les morceaux mélangés du miroir cassé d’un psychique aliéné se trouvant au seuil de la démence, un possible drame domestique profond fini par un dénouement étrange plus ou moins attendu que le lecteur va découvrir (ou non) après une lecture attentive, à travers les zigzags spatio-temporels d’une écriture vigoureuse manquant de livresque et d’artificiel.

© Christian Tămaș

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Despre Christian Tamas

Orientalist, Writer, Translator (8 foreign languages: Arabic, French, English, Italian, Spanish, Portuguese, Irish, Catalan), Arts and Humanities Researcher
Acest articol a fost publicat în écrivains du Québec, Canadian Writers, francophonie, poètes québécois și etichetat , , , , , , , , , . Pune un semn de carte cu legătura permanentă.

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